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mise à jour : 08.04.2014 / BR
Département Patrimoine ... Pré-étude ...
Inventaire du patrimone architectural XIXe - XXe à Saint-Etienne

    Historique du dossier pré-inventaire du patrimoine architectural
    1992 - 1993 .. convention DRAC / Amis du Vieux Saint-Etienne
    L'étude sur la zone test de la rue de la République ... découverte des immeubles à cours

 

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Historique du dossier pré-inventaire du patrimoine architectural

Commencé en 1992 à l'initiative de l'association des Amis du Vieux Saint-Etienne, avec le soutien technique de la DRAC Rhône-Alpes (Ministère de la culture), le pré-inventaire du patrimoine architectural stéphanois fera l'objet d'une seconde étude à partir du premier trimestre 1996 dans le cadre d'une convention passée entre la Ville de Saint-Etienne et la DRAC Rhône-Alpes, sous l'autorité de l'association des Amis du Musée d'Art moderne de Saint-Etienne.

 

1992 - 1993 .. convention DRAC - Amis du Vieux Saint-Etienne :

La convention signée en octobre 1992 entre la Direction régionale des affaires culturelles Rhône-Alpes et l'Association Les amis du vieux Saint-Etienne a permis de mieux appréhender la richesse architecturale de la ville et d'envisager la protection de ses édifices les plus remarquables.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, l'industrie et le commerce du ruban ont été une des activités économiques principales de Saint-Etienne, qui ont fortement contribué au développement de la ville et à la structuration du tissu urbain actuel. Face aux menaces de modifications du paysage urbain, il était urgent de posséder des données documentaires sur ce patrimoine historique bien conservé mais encore relativement méconnu. Dans le cadre de la convention signée en 1992, la rue de la République a été sélectionnée pour la mise au point d'un pré-inventaire architectural, selon la méthodologie de l'Inventaire général. L'étude conduite sur le terrain par Cendrine Sanquer a permis de repérer cinquante-quatre édifices, la plupart spécifiques de l'activité rubanière : façade sur rue avec magasins et bureaux, cour avec ateliers, logements, écuries, ...

L'étude reste certes limitée géographiquement mais elle montre l'existence d'un fait urbain considérable, l'immeuble à cour de fabricants, que l'on retrouve également dans d'autres secteurs de la ville ; d'où la nécessité d'un recensement systématique de ce patrimoine particulier, afin de mieux comprendre le développement urbain mais aussi d'envisager des protections au titre des monuments historiques pour les édifices remarquables des XIXe et XXe siècles, tel l'immeuble "Art nouveau" situé 2, avenue de la Libération, récemment protégé. [...]

In Patrimoine(s) - numéro 7, mars 1994 -
Publication de la Direction régionale des affaires culturelle de Rhône-Alpes.

Saint-Etienne : Une étude sur le patrimoine des XIXeme et XXeme siècle est en cours grâce à a signature d'une convention entre les Amis du Vieux Saint-Etienne, les services des Monuments Historiques et de l'Inventaire Général à la DRAC. C'est la première fois qu'en Rhône-Alpes est réalisé un pré-inventaire normalisé en zone urbaine.

In Le Courrier du Patrimoine - numéro 18, novembre 1992 -
Publication de l'Association Patrimoine Rhonalpin.

L'architecture XIXe siècle à Saint-Etienne : un intérêt national

Saint-Etienne a reçu le 21 janvier 1994 la visite de M. Bernard Toulier, spécialiste de l'architecture XIXe siècle au Service de l'Inventaire général du Ministère de la Culture, accompagné du Directeur régional des Affaires culturelles Rhône-Alpes, M. Patrice Béghain et de Mme Françoise Uzu, conservateur régional du Patrimoine. Cette visite faisait suite à l'achèvement du pré-inventaire du patrimoine architectural XIXe siècle stéphanois - sur la zone-test de la rue de la République - réalisé par les Amis du Vieux Saint-Etienne sous la direction scientifique de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC). Cendrine Sanquer, reponsable du département Patrimoine au sein de l'association, qui a conduit cet important travail, a piloté les spécialistes parisiens et lyonnais dans notre ville, insistant sur la spécificité du bâti : les immeubles à cour, liés à l'industrie rubanière. A l'issue de cette visite et du déjeuner pris dans le cadre exceptionnel du restaurant Le Cercle, une réunion de travail avec les élus stéphanois (Martine Fontanilles et Jean Pibarot) a permis de valider le travail scientifique et de poser les jalons pour l'avenir. En effet, la DRAC et la direction du Patrimoine, service de l'Inventaire général souhaiteraient voir ce travail se prolonger sur l'ensemble du patrimoine XIXe siècle à Saint-Etienne. Une telle recherche, réalisée en milieu urbain dense, serait une première en Rhône-Alpes.

L'Inventaire de l'architecture stéphanoise réalisé par Cendrine Sanquer, animatrice du patrimoine (service Ville d'art et d'histoire, ville de Saint-Etoienne) est consultable sur l'internet (service de l'Inventaire général de la France, Région Rhône-Alpes) à l'adresse suivante : http://www.patrimoine.rhonealpes.fr.

 


 

LA FABRIQUE STEPHANOISE AU XIXe SIECLE A L'ORIGINE D'UN IMPORTANT PATRIMOINE BATI

Découvertes rue de la République

Par Cendrine SANQUER


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L'étude du pré-inventaire architectural XIXe-XXe s., entreprise rue de la République en 1992-1993 à l'initiative du département patrimoine des Amis du Vieux Saint-Etienne avec le soutien du Service régional de l'Inventaire à la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC, Ministère de la Culture), a démontré la richesse du patrimoine stéphanois.

Cette recherche sur une zone-test contribue également à la faisabilité d'une mission de pré-inventaire sur une portion représentative du territoire local. Il devient en effet urgent de recenser le patrimoine architectural stéphanois qui, compte tenu des bouleversements économiques, se trouve de plus en plus morcelé. Il n'est pas rare d'être confrontés à des destructions d'ensembles harmonieux et significatifs des XIXe - début XXe s.

Cette étude est également une chance pour sensibiliser le public à la richesse et la variété du patrimoine stéphanois et ainsi encourager la mise en route des procédures de protection au titre de la législation des Monuments Historiques.


Le bilan de cette étude révèle la volonté d'engager à la fois un travail de recensement et de classification de ce patrimoine, afin de mieux comprendre la genèse de la ville actuelle et ainsi encourager les futurs développements urbains, économiques et sociaux.

L'étude reste certes très limitée dans le temps et dans l'espace mais elle démontre suffisamment l'existence d'une forme urbaine spécifiquement stéphanoise - l'Immeuble à cour de fabricant - que l'on retrouve également dans d'autres secteurs de la ville.

Pour une meilleure définition de ces types d'immeubles, des précisions seront apportées sur Saint-Etienne au XIXe siècle, la méthodologie employée, la vie de la Fabrique (le monde du Ruban) aux XIXe et XXe siècle - le contexte économique stéphanois de cette époque et les pratiques sociales en relation avec ces immeubles -, les caractéristiques générales de l'Immeuble à cour.


Saint-Etienne : un glorieux XIXe siècle

Il convient à Saint-Etienne, pour une étude architecturale, de commencer le XIXe siècle en 1820/1830 pour le terminer en 1914, à la veille de la première Guerre Mondiale. Les constructions sont variées, architecturalement riches et très représentatives de l'architecture nationale, ce qui place la ville sur un premier plan pour la représentation architecturale de ce genre de patrimoine.


Historique de la rue

La rue de la République apparaît dans les premières esquisses du développement de la ville, notamment sur les plans de 1801. Projetée en 1824 dans ses proportions actuelles, elle est ouverte à la circulation en 1828.

Sa création est liée à l'extension urbaine de la ville qui ne se satisfait plus de sa structure linéaire (l'axe Nord-Sud) et qui veut renforcer l'axe ancien : en effet, les constructions gagnent du terrain et la nouvelle rue de la République double la vieille rue de Lyon qui ne permettait plus un trafic suffisant.

Aujourd'hui, du fait de sa rectitude et de sa largeur de 12 mètres, elle autorise l'accès direct et rapide au centre-ville depuis Lyon et la vallée du Gier jusqu'à la gare du Clapier par son prolongement rue Michel Rondet.

La création de cette nouvelle voie autorisa "l'assainissement physique et moral" des quartiers anciens surpeuplés où régnait la misère. Elle permit entre autres d'ouvrir la colline du Crêt de Roc à la population des passementiers et de créer une dynamique urbaine autour de ce quartier neuf qui devint industriel et résidentiel à la fois, jouissant de la proximité de la gare de Saint-Etienne Châteaucreux.

Elle a changé très fréquemment d'appellation au gré des régimes politiques successifs : rue Impériale jusqu'en 1816, rue Royale de 1816 à 1848, rue Nationale de 1848 à 1852, rue Royale de 1852 à 1870, rue de la République de 1870 à 1941, rue Nationale de 1941 à 1944 et rue de la République depuis 1944.


La méthodologie : une première en Rhône-Alpes

Après avoir pris en compte plusieurs paramètres propres à la construction de ce type de bâti en milieu urbain dense, la méthodologie, inspirée de celle de la direction de l'Inventaire, s'est affinée lors de séances de repérage sur le terrain : des problèmes d'accès aux intérieurs des édifices, une rue au trafic très important, très étroite, ne permettant pas un recul nécessaire pour appréhender l'ensemble des groupes d'immeubles, ont obligé à aborder le repérage et le recueil d'informations techniques, historiques, de manière sensiblement différente à celle du service régional de l'Inventaire.

Un problème de vocabulaire propre à l'industrie rubanière stéphanoise, qui occupait en majeure partie ces immeubles à cour pour leur activité principale - le commerce du ruban - ainsi que pour le logement des fabricants et celui de leur domesticité, nécessite une rédaction particulière des bordereaux du service régional de l'Inventaire afin de respecter l'appellation locale.

Un travail systématique de relevés schématiques, de dessins, d'analyse des bâtiments, de consultation d'archives, vient compléter le repérage exhaustif sur le terrain.

Sur 54 édifices repérés, 45 sont l'objet d'une rédaction de bordereau au Service régional de l'Inventaire et trois types d'immeubles sont retenus pour une étude plus approfondie : un immeuble "Recette" (n° 11-13), un immeuble à cour (n° 29) et un immeuble Modern'Style (n°49).


Le rôle essentiel de la Fabrique stéphanoise au XIXe siècle1

Aux XVIIIe et XIXe siècles, l'industrie et le commerce du ruban ont été l'une des activités économiques principales de la ville de Saint-Etienne. Le nombre des métiers à tisser passe de 13.800 en 1815 à 26.500 en 1904 et les personnes "vivant" de la Fabrique de 21.300 à 40.000.2

La rubanerie a contribué au développement de la ville, à la structuration du tissu urbain actuel et à la création d'un nouveau centre institutionnel. La puissance de la Fabrique, aux plans économique, politique, administratif, est symbolisée par l'immeuble Colcombet qui fait face à l'Hôtel de Ville et par l'audace de la cheminée de l'immeuble-usine se dressant à quelques mètres de la place. A travers les règlements d'urbanisme, l'espace central de la ville fut préservé comme spécifique de la Fabrique, autour de la Chambre de Commerce, de la Condition des Soies, de la place Jacquard, de Saint-Charles, de l'Hôtel de Ville et de la Préfecture. Les passementiers urbains, bénéficiaires des derniers progrès techniques, ont construit leurs fabriques sur les collines et les quartiers immédiatement périphériques aux magasins et recettes des fabricants. En comptant les industries annexes du ruban, à la fin du XIXe siècle on estime ce patrimoine bâti à deux-tiers du parc immobilier de la ville.


Définitions de l'immeuble à cour

L'immeuble de rapport à cour ordonnée apparaît au début du XIXe siècle - plus précisément à Saint-Etienne après 1840 - et se développera jusqu'en 1914.

Les immeubles à cour se situent pour la plupart dans un périmètre proche du centre-ville stéphanois, en particulier le long de l'axe Nord-Sud (Grand'Rue). Il en existe des exemples isolés rue Michelet, rue de la Résistance et rue Balaÿ.

Sur l'axe Est-Ouest, la plupart de ces immeubles sont construits sur la rue de la République et l'avenue de la Libération. Il en existe de plusieurs types.

- Les immeubles de prestige

Avec une modénature importante, de grande hauteur, ils possèdent généralement cinq à six niveaux et l'entrée se fait par deux porches symétriques ouvrant sur une cour (rue du Général de Gaulle, rue Balaÿ, rue du 11 novembre et avenue de la Libération).

- Les immeubles dont la façade sur rue sont plus simplement ornés

Des logements simples donnent sur la cour. Les rez-de-chaussée des bâtiments de la cour abritent des écuries (place Marengo et place de l'Hôtel de Ville). Les ateliers du fond de la cour desservaient des activités artisanales.

- Les immeubles avec ateliers de rubaniers

Ils ont en général une hauteur plus réduite (4 à 5 niveaux). L'ornementation générale du bâti est plus sobre. Ils sont localisés à l'intérieur de l'espace de la Fabrique et sont situés principalement rue de la République et dans les rues adjacentes (rue Brossard, rue du Jeu de l'Arc et rue François Gillet).

L'immeuble à cour stéphanois

L'immeuble à cour centrale est composé de quatre corps de bâtiments généralement de même hauteur (4 niveaux) articulés autour d'une cour. Le corps principal est situé en bordure de rue sur toute la largeur de la parcelle et sur une profondeur allant de 15 à 18 mètres. Les cages d'escaliers relient les deux ailes latérales au bâtiment sur rue et celui au fond de la cour.

La percée au rez-de-chaussée est une caractéristique de ces bâtiments. Le porche permet la liaison de la rue et de la cour ; il permet également l'accès aux niveaux puisqu'il dessert souvent la cage d'escaliers du bâtiment principal.

Ce modèle théorique est rarement rencontré dans son intégralité ; les édifices sont fréquemment en partie inachevés : ici ou là les écuries sont manquantes, ou les ateliers, etc...


L'immeuble à cour stéphanois

  • Parcelle de 25 m. de largeur environ.
  • Les bâtiments au nombre de quatre sont articulés autour d'une cour.
  • Le passage de la rue à la cour se fait par un porche, souvent centré.
  • Les cages d'escaliers assurant la distribution verticale sont symétriques.
  • Il existe une hiérarchie tant horizontale (bâtiment sur rue - cour - bâtiment sur cour) que verticale.
  • Les élévations sont de quatre niveaux (hauteur moyenne), sans chambres de bonnes et le rez-de-chaussée est très souvent entresolé.

L'immeuble haussmanien

  • Parcelle de 35 m. de largeur environ.
  • La cour ou le jardin articule quatre corps de bâtiments principaux.
  • Le porche souvent décentré lie la rue et la cour.
  • Les cages d'escaliers assurant la distribution verticale sont symétriques.
  • Il existe une hiérarchie tant horizontale (bâtiment sur rue - cour - bâtiment sur cour) que verticale.
  • Les élévations sont de cinq niveaux. Il existe des chambres de bonnes sous les combles du fait des gabarit de hauteurs parisiens. Le rez-de-chaussée permet l'accès à l'entresol de toute petite hauteur.

Les immeubles de la rue de la République ont subi quelques modifications de plus car les bâtiments devaient s'adapter au parcellaire stéphanois et à la fonction particulière qu'ils devaient remplir : montrer le statut social des fabricants de rubans. Il est très souvent, aujourd'hui, à usage d'habitation.

Les parcelles sont larges, caractéristiques de la bourgeoisie rubanière et très proches des espaces publics. Ces immeubles s'implantent donc dans le périmètre du centre-ville. Le parcellaire est linéaire, investi d'abord en bordure sur le front de la rue, de la place. L'intérieur de l'îlot est occupé plus tardivement. Cette organisation spatiale à l'intérieur des parcelles est foncièrement différente de celles qui existaient auparavant (parcelles en lanières 3 des XVIIe et XVIIIe s.).

Les parcelles de 25 m de large, en moyenne, ont une profondeur variable proche en général de 40 m. On trouve des parcelles d'angle où il existe deux fronts sur des rues différentes.

Les édifices stéphanois construits sur ce modèle sont précurseurs d'une trentaine d'années de ceux de la période haussmanienne à Paris. Mais il n'y a pas de jardin comme il en existe dans les immeubles parisiens.

Leur vocation n'est pas la même : les immeubles haussmaniens sont des immeubles de rapport alors que les immeubles stéphanois sont des moyens de représentation sociale et économique de l'industrie rubanière et de son propriétaire-fabricant.


 

Article paru dans le Bulletin du Vieux Saint-Etienne n. 174, 1994/2.

© 1995 - Les Amis du Vieux St-Etienne


Notes

1 D'ap. Nadine BESSE, exposition La Ville du Ruban, avril 1989.

2 Source : Chambre syndicale des Tissus, Chambre de commerce de Saint-Etienne.

3 Parcelle fine et très étroite.

 

 

 

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